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09/08/2013

FOOT BUSINESS - La croissance des investissements étrangers en Ligue 1 bénéficie à tous les clubs, selon F. Thiriez [INTERVIEW]

Les investissements du Qatar et de la Russie bénéficient par effet d'entraînement à l'ensemble des clubs de Ligue 1, estime le président de la Ligue de footballprofessionnel.
Le Monde : Que pensez-vous de la montée en puissance des investissements étrangers dans le football français ?
Depuis longtemps, j'y suis favorable à condition qu'il n'y ait pas de doute sur l'origine des fonds et que ces investisseurs financent des projets à long terme. Les Qataris, les Russes et les Azéris remplissent ces conditions et sont les bienvenus à Paris, Monaco et Lens. Nous sommes le cinquième championnat enEurope ; nous devons rattraper notre retard.
Jusqu'à l'arrivée du Qatar, nous n'avions aucun club les dix premiers européens. Aujourd'hui, le Paris-Saint-Germain (PSG) est dans le top cinq. L'AS Monaco et le club de la capitale viennent de dépenser 250 millions d'euros dans les transferts. Trois des meilleurs attaquants du monde, le Suédois Zlatan Ibrahimovic (PSG), l'Uruguayen Edinson Cavani (PSG), et le Colombien Radamel Falcao (AS Monaco) vont jouer sur les pelouses de Ligue 1 cette saison.
L'engouement pour le championnat est visible dans l'augmentation de l'affluence dans les stades. Cela fait croître des droits télévisés à l'international. Et même en France. La Ligue recevra un intéressement quand le diffuseur BeInSport aura dépassé 1,5 million d'abonnés. Ils étaient à 1,47 million il y a trois semaines. Tout le monde est gagnant !
L.M. : Ces groupes choisissent-ils la France pour des raisons politiques ?
Même s'il y a eu des "facilitateurs" politiques – le président Jacques Chirac avait été le premier à nouer des relations avec le cheikh Hamad Al-Thani – la raison est d'abord économique. Ne nous y trompons pas, ces groupes étrangers dépensent beaucoup d'argent, mais ont une gestion d'une extrême rigueur. Pour différentes raisons, ils veulent investir dans le sport en Europe et ils viennent en France plutôt qu'ailleurs, parce que la structure financière du championnat français est saine. L'endettement des vingt clubs de Ligue 1 avoisine aujourd'hui les 100 millions d'euros, contre 3 milliards au Royaume-Uni et 4 milliards en Espagne.
L.M. : Ces investisseurs ne créent-ils pas un championnat à deux vitesses, des riches et des pauvres ?
C'est la tarte à la crème. Le championnat a besoin de locomotives. Dans un TGV, tous les wagons vont à la même vitesse. Même si certains peuvent être jaloux, tous les clubs bénéficient de cet effet d'entraînement. Les petits remplissent leur stade quand ils reçoivent le PSG.
La Ligue veut imposer à l'AS Monaco, qui profite des avantages sociaux et fiscaux de la Principauté, de déplacer son siège sur le sol français.
Personne n'en veut à l'AS Monaco. Tout le monde est content que le club de la Principauté remonte en Ligue 1. Mais ils ont un avantage sensible. Pour un effectif comparable à celui des deux olympiques – Lyon ou Marseille –, il paierait 50 millions d'euros de moins par an. Ce montant, c'est le budget de Montpellier. Cela crée une distorsion de concurrence. Par conséquent, on leur a donné un an pour se conformer à la réglementation. La balle est désormais dans leur camp.
L.M. : Les clubs vont encore afficher des pertes. N'est-ce pas le signe d'une mauvaise gestion ?
La Ligue 1 devrait terminer la saison 2012-2013 sur une perte comprise entre 50 et 70 millions d'euros. Ce n'est qu'une estimation car nous n'aurons les chiffres définitifs qu'en octobre. Les clubs n'échappent pas à la crise : les recettes de billetterie et de transfert sont en baisse. Mais si l'on exclut Monaco et Paris, je constate une baisse du coût de la masse salariale de 8 %. Des efforts ont été faits, mais ils doivent continuer.
L.M. : N'est-ce pas aussi le signe qu'il y a trop de clubs dans le championnat ?
J'ai saisi les clubs de plusieurs propositions de réforme. Ne faudrait-il pas revenir à un championnat à dix-huit clubs ? Il n'y a pas suffisamment de recettes disponibles pour faire vivre vingt formations en Ligue 1. En Allemagne, l'élite compte dix-huit clubs.
Ensuite, ne faudrait-il pas limiter chaque saison le nombre de descentes et de montées d'une ligue à l'autre, qui crée trop d'incertitudes financières ? Il y en a trois, il en faudrait deux.
Enfin, ne faudrait-il pas revoir la répartition des droits télé, et mieux récompenser les clubs engagés dans les compétitions européennes comme l'Europa League et la Champions League ?
L.M. : Vous vous battez contre la taxe à 75 %. Le ministre des finances, Pierre Moscovici, estime qu'il ne peut y avoir d'exception...
Cette taxe coûterait 80 millions d'euros aux clubs. Nous nous sommes vus avec M. Moscovici et il faut trouver une solution. Car, au final, seul le football paiera cette taxe. Les entreprises du CAC 40 peuvent délocaliser leur siège. Les artistes et les sportifs individuels ne seraient pas soumis à la taxe et en plus ils sont domiciliés en Suisse.   [source: Le Monde]