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10/06/2013

SANTE PUBLIQUE - La France réaliserait 10Mds d'euros d'économie si tous les inactifs pratiquaient une activité physique

En 2007, sur la base d’études et de rapports d’experts nationaux et internationaux, Edwige Avice, présidente du Conseil National des Activités Physiques et Sportives (CNAPS), a écrit un rapport qui démontre que la différence de dépenses de santé entre une personne active et une personne sédentaire était en moyenne de 250 euros par an. Article écrit par Jean-Pierre Davant, Président de l'IMAPS.
D’autres experts ont depuis enfoncé le clou et calculé que l’APS (Activité Physique et Sportive) chez les diabétiques permet de réduire de 50% le coût total des soins de santé : si tous les diabétiques faisaient de l’APS, l’économie réalisée serait de 5,2 milliards d’euros €/an. [1] L’APS chez les patients qui ont eu un cancer localisé du sein, du côlon ou de la prostate est associée à une réduction de 50% des risques de rechute du cancer : l’économie réalisée pourrait être de 300 millions d’€/an. [2]. Il faut ajouter à ces économies la réduction des coûts liés aux arrêts de travail.
Avec 37 millions d’ « inactifs » en France, l’économie potentielle est de 10 milliards € dans le cas utopique où tout le monde se mettrait à pratiquer une activité physique et de 500 millions € dans le cas où seulement 5% des personnes sédentaires deviendraient actives. [3].
L’enjeu est donc capital pour l’avenir de notre système de santé. Mais comment inciter tous ces inactifs à pratiquer régulièrement une activité physique et sportive ? Les politiques publiques mises en place sont-elles satisfaisantes ? L’offre sportive est-elle adaptée aux besoins particuliers des personnes atteintes de maladies chroniques par exemple ? Les professionnels de santé sont-ils prêts à inclure dans leur démarche les conséquences de cette nouvelle donne ? Sont-ils formés pour le faire ? En d’autres termes comment agir pour que la pratique sportive contribue à la fois à préserver, améliorer l’état de santé de chacun de nous et à mieux gérer nos dépenses de santé ?
Depuis la création du Plan National Nutrition Santé (PNNS) en 2001, la place de l’activité physique et sportive dans le système de santé n’a cessé de croître. L’INPES, au travers de plusieurs campagnes de communication, a valorisé auprès du grand public le besoin de bouger. Toutefois, il a fallu attendre le rapport du Professeur Toussaint en 2008, le PNAPS (Plan National des Activités Physiques et Sportives) pour que les politiques de santé publique l’intègrent véritablement et systématiquement dans les plans et actions mis en œuvre tant en prévention primaire qu’en prévention tertiaire.
Sous cette impulsion, certaines fédérations sportives ont réussi à créer de nouvelles offres adaptées aux personnes atteintes de pathologies notamment. Voici quelques exemples : la Fédération Française d’Athlétisme et ses « Coachs Athlé Santé », la Fédération Française de Natation avec « Nagez Forme Santé », la Fédération Française EPMM et son programme « DIABETACTION », la Fédération Française de Gymnastique Volontaire avec « Gym après Cancer », ou encore la fédération sport et cancer CAMI qui organise des cours d’Activité physique spécifiquement destinés aux malades quels que soient leur stade de cancer ou leurs traitements. Des réseaux régionaux « Sport-Santé » [4] ont même vu le jour et réunissent au sein d’une même association mouvement sportif et professionnels de santé avec un double objectif : développer une offre sportive adaptée à des besoins particuliers (notamment pour les personnes atteintes de maladies chroniques) et former les professionnels de santé.
L’année 2012 restera une étape importante. D’une part, une convention a été signée entre les doyens des facultés de médecine et les doyens des facultés de STAPS (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives) : cette convention va permettre d’intégrer dans la formation initiale des futurs médecins, des modules leur permettant de conseiller et prescrire de l’activité physique et sportive pour leurs patients. D’autre part, le CNOSF (Comité National Olympique et Sportif Français), à l’initiative d’Alain Calmat, a créé une commission chargée d’élaborer le « VIDAL » des pratiques sportives pour la santé.
Enfin, le Ministère des Affaires sociales et de la Santé et le Ministère des Sports ont affirmé en Conseil des ministres que le sport était un enjeu de santé publique et serait au cœur de leurs actions. Dans ce cadre, les Agences Régionales de Santé (ARS) et les Directions Régionales Jeunesse et Sports (DRJSS) doivent, dès 2013, mettre en place des plans régionaux. Ces ARS doivent également financer des actions favorisant le développement d’offres sportives adaptées à des besoins particuliers, ainsi que la formation continue des professionnels de santé pour qu’ils puissent prescrire de l’activité physique et sportive à leurs patients.
Toutefois, le système de santé dans son ensemble n’a pas encore intégré cette dimension ni dans sa culture ni dans son financement et c’est bien là l’un des principaux enjeux auxquels nous devons répondre en 2013. A ce titre, plusieurs opportunités se présentent à nous, que nous ne devons pas laisser passer.
Première opportunité : la prochaine réforme des contrats responsables
Dans le cadre de la PLFSS 2014 (Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale), la législation qui encadre les contrats des complémentaires santé doit être revue. Les négociations démarrent actuellement entre les acteurs du système de santé, dont l’UNOCAM (Union Nationale des Organismes d'Assurance Maladie Complémentaire) et le Ministère de la Santé (Direction de la Sécurité sociale). Au-delà des enjeux liés à la réduction de la Taxe Spéciale sur les Conventions d’Assurance pour les contrats dits responsables, nous souhaitons que ces contrats intègrent pleinement la dimension sportive.
Etant donné la force des preuves scientifiques concernant l’impact important de l’APS sur la santé, comment peut-on encore considérer qu’un contrat puisse être responsable s’il n’intègre pas une incitation à la pratique régulière d’activités physiques ou sportives? La liste des actions de prévention entrant dans les contrats responsables est régie par un arrêté du… 8 Juin 2006 !! N’est-il pas temps de la mettre à jour également ? Diverses solutions existent, leur choix relève de la volonté des pouvoirs publics de les mettre en œuvre.
Deuxième opportunité : la prochaine réforme de la dépendance
En 2040, plus de 2 millions de personnes devraient être dépendantes. Aujourd’hui, alors qu’elles ne sont « que » 1 million, les personnes dépendantes représentent un coût de 34 milliards d’euros. Selon l’assemblée des départements de France, une démarche de prévention de la dépendance, bien conduite, permettrait d’économiser 10 milliards d’euros !
Un des enjeux les plus importants est donc de prévenir la perte d’autonomie et de repérer les signes naissants de fragilité. La mission confiée au Professeur Bruno Vellas du Gérontopôle de Toulouse est à ce titre très positive et très instructive : sur les 5 indicateurs évalués pour repérer la fragilité d’une personne, 3 concernent sa capacité à bouger !
Il est édifiant de constater que ce sont les collectivités locales qui à la fois portent l’Allocation Perte d’Autonomie (APA) et qui dans le même temps financent également nombre d’associations sportives. Pourquoi ne pas conditionner systématiquement ces subventions à la réalisation d’objectifs liés à la lutte contre la dépendance ?
Espérons donc que cette réforme de la dépendance intègre parfaitement la dimension « prévention par l’activité physique et sportive » (et ne laisse pas au bord du chemin près de 50% de la cause du problème) ?
Que chacun adopte de bonnes habitudes de vie dès le plus jeune âge et tout au long de la vie, voilà l’objectif majeur pour notre société au cours des prochaines années. Tout n’est pas à inventer. Fut-elle conçue pour s’intégrer dans une démarche de santé, la pratique de l’activité physique peut et doit se développer dans la vie des clubs existants. Cela quelle que soit la nature des sports pratiqués. Pour ce faire, il conviendra d’adapter l’économie de nos clubs sportifs et de les accompagner vers une mutation indispensable en leur permettant de développer de véritables pôles « Sport-Santé-Bien-être » au sein des équipements sportifs existants.
Le Centre National pour le Développement du Sport (CNDS) avait pour mission de réfléchir à cette mutation attendue mais il semble que ses problématiques actuelles soient assez éloignées de ses missions originelles.[5] N’est-il pas temps de refonder en profondeur cette institution tant du point de vue de sa gouvernance que de son financement ? N’est-il pas temps d’aider les clubs et les collectivités locales qui ont de vrais projets d’intérêt général, à faire évoluer leur modèle sportif et donc leur modèle économique ? N’est-il pas temps de mettre autour d’une table tous les acteurs qui souhaitent participer à la promotion du sport santé ?
Oui nous le disons bien haut, il est grand temps de mutualiser nos compétences et nos ressources autour d’un projet commun qui concourt « au mieux vivre ensemble ».
En 2007, le gouvernement du Québec, en partenariat avec une fondation privée, a su créer un fonds de plus de 480 millions de dollars pour une période de 10 ans qui s’intitule « QUEBEC EN FORME » et dont l’objectif est la promotion de saines habitudes de vie. Cela ne serait-il pas possible chez nous ?
Qui pourrait refuser d’adhérer à un tel projet : dépenser des calories, évacuer le stress et réconcilier, dans le plaisir, la santé de nos concitoyens et l’économie de notre système de santé. Quel beau défi, en ces périodes de restrictions budgétaires et de perspectives économiques assombries ! Découvrez la liste des 25 signataires ICI  [source: Les Echos]
NOTES [1]JF Brun, Diabetes and Metabolism, 2008. [2] T. Bouillet, Communication non publiée, 2010. [3]Installation de la commission « Prévention, Sport et Santé », Mise en place d’un Programme national de Prévention  par les Activités Physiques et Sportives (PNAPS), Ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, 4 avril 2008. [4] Le réseau efFORMIp dirigé par le Professeur Daniel Rivière en Midi-Pyrénées est à ce titre exemplaire. [5] Ce sont des contraintes financières qui éloignent le CNDS de ses missions originelles et non la volonté délibérée de l’Etat et du CNOSF.