Entrez votre email et recevez la Newsletter Sport Business 360: l'actualité gratuite et 2.0 du Marketing Sportif

09/11/2012

FOOTBALL: Qui est vraiment le président du PSG Nasser al-Khelaïfi [PORTRAIT]

A 38 ans, cet ancien tennisman qatarien est devenu un acteur incontournable du sport-business. Outre le club parisien, il préside la nouvelle chaîne beIN Sport et une holding d’investissements richissime. Portrait.
Pas le genre à hurler dans les tribunes, encore moins à insulter l’arbitre… Le très discret Nasser Ghanim al-Khelaïfi (qui n’a pas souhaité rencontrer Capital) est un homme affable, toujours tiré à quatre épingles, qu’il soit en costume gris ou en thobe et keffieh blancs. L’ex-tennisman qatarien de 38 ans n’en est pas moins devenu un redoutable conquérant du sport-business. Sa campagne de France tient de la razzia : en dix mois, il a pris le contrôle du PSG, affolé le mercato avec 147 millions d’euros dépensés en nouveaux joueurs (un record en Europe), lancé la nouvelle chaîne française beIN Sport, repris le club Paris Handball… Tout cela grâce aux pétrodollars de son boss et ami de 32 ans, Tamim ben Hamad al-Thani, prince héritier du Qatar et patron de l’inépuisable fonds souverain QIA. Ça aide…
Son «non» à Nicolas Sarkozy. «Nasser, maintenant tu dois racheter Orange Sport !» C’est l’ancien président de la République qui parle. Nous sommes en juillet 2011, Nasser al-Khelaïfi vient de mettre la main sur le PSG. Fan assumé du club parisien, Nicolas Sarkozy tient à le féliciter en personne. Au passage, il en profite pour lui «suggérer» un autre investissement, Orange Sport donc. Une invite pas tout à fait fortuite. Stéphane Richard, président de France Télécom et proche de Sarkozy, veut en effet se débarrasser de cette filiale lourdement déficitaire lancée en 2008 (elle sera arrêtée en juin 2012). Hélas pour eux, le dirigeant qatarien n’a pas mordu à l’hameçon. A la place, il a préféré créer ex nihilo la chaîne sportive beIN Sport. Autre éconduit, David Douillet. L’ancien ministre des Sports voulait, quant à lui, que Nasser al-Khelaïfi entre au capital du Stade de France. Il n’a pas eu plus de succès.
Son partenaire de tennis providentiel. Lorsqu’il a achevé sa carrière de tennisman professionnel, il y a dix ans, Nasser n’était que 995e au classement ATP. Pas terri­ble, certes, mais il était quand même le premier Qatarien à y figurer. Et au sein de l’équipe nationale, qu’il dirigeait, il s’était lié d’amitié avec un jeune joueur de cinq ans son cadet : le cheikh Tamim al-Thani. Rencontre providentielle. Devenu prince héritier après la mise à l’écart de son frère aîné, Jassim, Tamim a confié de multiples responsabilités à son ami, le bombardant président de la fédération qatarienne de tennis, directeur de la chaîne Al-Jazeera Sport et chairman du fonds d’investissement QSI (Qatar Sport Investments). Désormais poids lourds du sport-business, ils restent passionnés de tennis et viennent chaque année soutenir leur copain Rafael Nadal à Roland-Garros.
Sa conseillère de l’ombre. On ne la verra jamais à ses côtés dans les tribunes du PSG ou au Camp des Loges. Normal : la discrète Sophie Jordan n’intervient que dans les coulisses. Cette avocate de 46 ans est pourtant devenue l’une des principales conseillères de Nasser al-Khelaïfi, qui ne signe pas un seul deal important sans la consulter. Membre du cabinet parisien Redlink, cette ancienne juriste de Canal Plus est, entre autres, spécialiste des droits sportifs. Elle siège aujourd’hui aux conseils d’administration du PSG et de beIN Sport, et c’est sur ses conseils que son client a embauché comme directeur général de cette nouvelle chaîne à péage l’un de ses proches, Charles Biétry, ancien directeur des sports de Canal Plus.
Son gendarme nommé Platini. «L’argent ne fait pas tout», aime rappeler le président du PSG, histoire de relativiser l’énormité de son budget annuel, soit près de 300 millions d’euros. Il est surtout très déficitaire. Et ça, Michel Platini n’aime pas du tout. En effet, le président de l’UEFA, l’organisme qui supervise les clubs européens, entend bien faire respecter sa nouvelle règle de «fair-play» financier. A partir de 2014, ceux-ci devront équilibrer leurs comptes, sans apport d’argent de leur actionnaire. Nasser aurait trouvé la solution en signant un mégacontrat avec une banque du Qatar. Reste à savoir s’il ne s’agit pas d’un faux nez du fonds souverain propriétaire du club. «Nous ne reviendrons jamais en arrière, PSG ou pas PSG», a prévenu Platini. En début d’année, Nasser al-Khelaïfi a débauché de Lagardère Sports un jeune juriste nommé Laurent ­Platini pour le faire entrer à Qatar Sports Investments. S’il espérait ainsi obtenir des faveurs de son papa, c’est raté.
Ce Français qui a voulu l’entourlouper. A la fin des années 1990, Nasser s’entraîne au tennis dans un club niçois et se lie d’amitié avec l’un de ses partenaires, Thierry Morano-Fourès. Lorsque ce dernier apprend que le Qatar souhaite lancer une chaîne sportive, le Français propose ses services et lui présente un pro des droits du foot, Ivan Blum, alors chez Sportfive. Les trois hommes créent ensemble une société pour négocier des contrats pour le Moyen-Orient, puis s’envolent au Qatar pour piloter, en 2003, la création d’une branche sportive au sein de la chaîne Al-Jazeera. Nasser en prend les rênes avec des managers locaux et se sépare très vite des deux Français. «Nous avons obtenu une confortable indemnité», raconte Ivan Blum, sans amertume. Par contre, Thierry Morano-Fourès se montre plus gourmand et essaie de soutirer… 25 millions de dollars à Nasser al-Khelaïfi. La cour de Doha, que le Français avait saisie, l’a débouté l’an dernier. Autant dire que l’ex-associé, aujourd’hui installé à Londres, n’est plus persona grata dans l’émirat.
Son stade pas assez princier. «Le Parc des Princes est la maison du PSG», martelait Nasser al-Khelaïfi après le rachat du club l’an dernier. Il parlait du site, du public, pas du stade de 47 000 places vieux de quarante ans, qu’il souhaitait détruire et remplacer par un ouvrage flambant neuf de 60 000 places. Mais le propriétaire, la mairie de Paris, a dit non. Reste la rénovation de cette arène construite au-dessus du périphérique. «Au grand ­maximum, on pourrait arriver à 54 000 places», assure son architecte, Roger Taillibert, qui a aussi réalisé le Khalifa International Stadium, le plus grand stade de foot du Qatar. Son idée ? Aménager dans les sous-sols des espaces où l’on pourra suivre les matchs sur écran géant, tout en captant les échos du stade, grâce à des ouvertures au plafond. Des esquisses existent. Reste à convaincre le patron du PSG.
Ses origines modestes
Proche du prince héritier, Nasser n’a pas de sang royal. Fils d’un petit patron pêcheur, il doit son ascension à sa carrière de tennisman.
Son trophée suédois
Le patron du PSG s’est beaucoup impliqué dans le transfert de l’attaquant suédois Zlatan Ibrahimovic. Et a signé un chèque de 20 millions d’euros au Milan AC.
Son pied-à-terre parisien
Comme sa femme et ses enfants vivent toujours au Qatar, Nasser campe à Paris, rue de la Paix, dans une suite du Hyatt Paris-Vendôme, où il organise parfois ses conférences de presse.
Son taxi volant
Il partage son temps entre Doha, Londres (où il a une résidence) et Paris. Le plus souvent à bord d’un Global Express, la Rolls du jet d’affaires.
Son premier maillot du PSG
A l’été 1998, au Qatar, le coach sportif français Jacques Hervet (à gauche) fait une balade dans les dunes avec Nasser, alors âgé de 24 ans. Et déjà fan du PSG…   [source: Capital]