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19/10/2012

ECONOMIE: Comment augmenter les recettes du foot pro de 20% à 25%? selon 3 économistes

Comment augmenter les recettes du foot pro «de 20 à 25%» comme l'a promis Frédéric Thiriez, réélu vendredi à la tête de la LFP ? L'Equipe.fr a posé la question à trois économistes du sport. 
«L'objectif est d'augmenter le chiffre d'affaires de notre Ligue de 20 à 25%, c'est-à-dire de 200 à 250 millions d'euros par an d'ici cinq ans», a annoncé Frédéric Thiriez, en clôture de l'assemblée générale de la LFP, vendredi dernier à Paris. Le projet du président réélu (*) - et celui des clubs - est-il réaliste dans un contexte de crise ? Quelles pistes le football professionnel, qui génère environ 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires, pourrait-il emprunter pour y parvenir ? Pour les trois économistes consultés par L'Equipe.fr, Vincent Chaudel (Kurt Salmon), Frédéric Bolotny et Bastien Drut (**), l'objectif est «ambitieux» mais réalisable «sous conditions». Voici leurs idées pour la future «commission du développement économique en charge de la recherche de recettes nouvelles» que la LFP va mettre en place. 
Chaudel : «Changer le format des compétitions»
«La recette pour générer 200 millions de plus ressemble à celle du quatre-quarts : la billetterie, grâce notamment aux nouveaux stades, à condition que le plan de rénovation/construction tienne les délais ; les droits TV à l'international, sachant que le potentiel de la L1 à l'étranger est supérieur au minimum garanti par Al-Jazeera (32,5 millions d'euros par an jusqu'en 2018) ; la réussite sportive - donc financière - en Europe, dans le sillage du PSG et avec des clubs jouant à fond la Ligue Europa, comme l'a fait le Portugal qui a de cette manière dépassé la France à l'indice UEFA ; enfin, le reformatage des compétitions avec une L1 à 18 clubs et une L2 à 22. Une élite resserrée ne rapporterait pas moins de droits TV domestiques (607 millions d'euros par an pour la période 2012-2016) et la L2 profiterait de recettes billetterie supplémentaires, surtout si l'on s'inspire du système de barrages à l'anglaise.»
Drut : «Durcir la "Licence Club"»
«La très forte augmentation des revenus du PSG - de 100 millions d'euros en 2010-2011 à 250 ou 300 millions - permettra de compenser la baisse de revenus des autres clubs et contribuera de façon significative à atteindre l'objectif de M. Thiriez. Imaginez simplement si, comme il en est question, une banque qatarie apposait son nom sur le maillot du PSG pour 100 millions par an... Ensuite, le durcissement des critères d'obtention de la "Licence Club" pourrait améliorer les choses. La Ligue 1 peut-elle réellement se priver de clubs avec des stades de plus de 35 000 spectateurs (Lens ou Nantes), des stades ultramodernes (Le Mans, Le Havre), des centres de formation très performants (Monaco, Lens, Metz, Auxerre) ? Se priver de ces clubs revient à se priver d'importantes recettes de billetterie et de nombreux savoir-faire. Une réflexion pourrait d'ailleurs être menée sur le degré d'ouverture/fermeture de la L1.»
Bolotny : «Améliorer la gouvernance économique»
«Les chiffres annoncés se situent sans doute dans le haut de la fourchette du réalisable, compte tenu du climat économique et du déficit d'image du football. D'un autre côté, la crise ne va pas durer éternellement, le PSG et l'Euro 2016 peuvent relancer une dynamique, et les clubs - si on met Paris à part - ont un coup d'avance sur le "fair play financier". Le but du jeu est bien sûr de sortir de la télé-dépendance (57% des revenus des clubs), mais l'un des grands paris - remplir et rentabiliser les nouveaux stades - ne va pas de soi. Il y a une révolution culturelle à faire dans le domaine de la "relation client". Idem, plus globalement, pour la gouvernance économique du football. C'est même pour moi la clé de la réussite du plan Thiriez. Trop souvent, les intérêts particuliers priment sur l'intérêt général. Pourrait-on par exemple introduire sans drame une part de mutualisation en matière de sponsoring, en offrant à un annonceur national d'être présent sur tous les stades ?» Recueilli par Jean LE BAIL    [source: L'Equipe]
(*) Candidat unique, il a recueilli 84 voix pour, aucune contre et un vote blanc.
(**) Traducteur du livre de Simon Kuiper et Stefan Szymanski "Les attaquants les plus chers ne sont pas ceux qui marquent le plus" (De Boeck).